
On dit qu’on choisit sa route… Mais parfois, avant même d’faire le premier pas, y’a déjà quelqu’un qui t’attend au bout du chemin. (Yeah…) Lui, il savait pas encore. Mais son histoire était déjà écrite. Le chemin était tracé, j’avais les yeux bandés, À chaque virage, un démon venait m’attendre. Drogue, violence, crime, fallait pas s’mentir, J’courais vers l’avenir sans savoir où j’allais finir. Le chemin était tracé, les dés étaient jetés, Un rêve dans la poche, une rage à contenir. J’ai vu des frères tomber, d’autres partir, Et chaque porte ouverte me rapprochait du pire. (HEY !) J’ai grandi là où l’béton connaissait nos prénoms, Où les grands parlaient peu mais comprenaient les tensions. À quinze piges, j’avais déjà changé d’visage, Le môme avait disparu derrière plusieurs mirages. Un premier sachet, quelques billets dans la main, J’me racontais qu’c’était temporaire, qu’j’arrêterais demain. Mais demain devient lundi, puis les semaines défilent, Et l’argent facile rend les consciences fragiles. J’ai vu l’vice s’installer comme un locataire, Sans prévenir personne, sans demander l’autorisation. Les nuits devenaient longues, les fréquentations douteuses, Les discussions sérieuses avaient remplacé les jeux d’gosse. J’disais : « J’contrôle. » Mais j’contrôlais plus rien. J’avais pris le mauvais train. Et maman disait : « Mon fils, tu vas où ? » J’répondais : « T’inquiète, tout va bien. » C’était le premier mensonge. Pas le dernier. Puis sont venus les plans dont on parle à demi-mot, Les cagoules, les moteurs, les nerfs à fleur de peau. Premier braquage à main armée, j’avais le cœur en feu, J’pensais qu’j’étais devenu quelqu’un, j’étais juste devenu vieux. Une minute dans ma vie, mais dix ans dans ma tête, Le silence après les cris, cette image jamais nette. J’ai compris ce soir-là qu’la peur avait un prix, Et qu’un homme peut changer en quelques secondes de sa vie. (Yeah…) Après ça, l’argent n’avait plus la même odeur, Chaque billet dans ma poche transportait sa propre peur. J’regardais derrière moi même quand personne était là, J’avais gagné des billets mais j’avais perdu ma paix. Les potes devenaient suspects, les sourires devenaient faux, On parlait de loyauté mais chacun sauvait sa peau. J’avais voulu sortir du trou par la violence, J’avais creusé plus profond sans m’en rendre compte. Un soir, sirènes dans la nuit… (Wouuu…) Des gyrophares sur les murs. J’ai compris trop tard : On ne court jamais assez vite quand toute ta vie te poursuit. J’ai connu les barreaux, les nuits sans horizon, Les murs qui te répondent quand tu poses une question. Là-bas, personne joue au héros bien longtemps, Tu comprends que l’orgueil ne vaut pas grand-chose finalement. J’ai repensé au gosse que j’étais autrefois, Celui qui voulait juste qu’on soit fier de lui, parfois. Il voulait pas d’cagoule, il voulait pas d’pistolet, Il voulait juste une place et quelqu’un pour l’écouter. Mais dehors, j’avais appris les mauvaises leçons, À confondre le respect avec la peur des autres. J’avais remplacé mes rêves par des objectifs courts, Et chaque victoire me rapprochait du compte à rebours. J’ai perdu des frères, certains ont perdu leur liberté, D’autres ont disparu sans même avoir été enterrés. Et quand j’regarde derrière, y’a pas d’gloire dans l’histoire, Seulement des vies abîmées dans les angles morts du trottoir. Aujourd’hui j’comprends mieux pourquoi j’courais autant, J’fuyais pas les flics, j’fuyais surtout l’enfant. Celui que j’avais enterré sous des tonnes de colère, Celui qui voulait vivre sans devenir son propre enfer. Le chemin était tracé, mais j’ai compris trop tard Qu’une route peut changer quand tu changes de regard. J’efface pas les victimes, j’efface pas mes erreurs, Certaines cicatrices resteront gravées dans mon cœur. J’peux pas refaire hier, j’peux seulement marcher droit, Même si chaque souvenir revient parfois frapper chez moi. J’étais persuadé qu’la rue m’avait choisi pour roi, Elle m’avait seulement appris à survivre sans savoir pourquoi. Le chemin était tracé, mais j’ai changé la direction, Même si l’passé revient réclamer son dû. Drogue, violence, crime, j’en connais la chanson, Mais aucune de ces victoires ne m’a rendu heureux. Le chemin était tracé, les dés étaient jetés, J’ai payé chaque détour, chaque mauvaise décision. J’ai vu ce que devient un homme sans horizon, Alors j’cours plus après l’ombre… J’cherche enfin la sortie. On disait : « C’était écrit. » Peut-être. Mais une histoire peut changer quand quelqu’un décide enfin de tenir le stylo.

