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Le Dernier Chapitre

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Au fond de la vallée, retranché derrière les murs séculaires de la Grande Bibliothèque de Pierre-Fendue, l’Archiviste sentit l’onde de choc avant même de l’entendre. L’encre dans son encrier se mit à trembler, formant des rides sombres à la surface du verre. Sur les étagères centenaires, les parchemins scellés crépitaient comme des braises prêtes à s’enflammer. L’homme se redressa péniblement, rajustant son lourd manteau de laine râpée. Ses doigts, noircis par des décennies de calligraphie et de mémoire consignée, glissèrent sur le cuir usé du Grand Registre des Origines. Il n’avait pas besoin de monter au sommet de la tour pour savoir ce qui se dressait sur la crête. Les légendes qu’il avait passées sa vie à retranscrire, celles que les seigneurs traitaient de contes pour effrayer les enfants, étaient en marche. Alors que les portes de chêne massif du sanctuaire gémissaient sous le souffle précurseur du cataclysme, l’Archiviste ne chercha ni à fuir, ni à prier. Il alluma une dernière chandelle de suif et trempa sa plume d’acier dans l’encre noire. Au dehors, le martèlement des sabots approchait, cadencé par les quatre volontés d'un monde qui s'effondre : — Élara, dont l'autorité invisible faisait déjà ployer les gardes aux avant-postes, désarmant les volontés avant même le premier coup porté. — Lana, dont le souffle embrasait déjà les forêts d'alentour, transformant le ciel d'encre en un brasier rougeoyant. — Roxane, sous les sabots de laquelle les réserves de grain du royaume tombaient instantanément en poussière grise. — Nira, enfin, qui avançait comme une ombre glaciale, éteignant les feux et suspendant le souffle des hommes dans un silence d'outre-tombe. La porte de la bibliothèque vola en éclats dans un fracas assourdissant. Le vent d'éther et de cendre s'engouffra dans la salle voûtée, faisant voler des milliers de feuillets dans une danse chaotique. Sur le seuil, les quatre silhouettes se découpaient contre l'horizon d'apocalypse. Leurs regards convergèrent vers le vieil homme, seul point immobile au cœur de la tempête. L’Archiviste leva les yeux vers elles. Pas un muscle de son visage ne trahissait la peur ; seulement la solennité de celui qui accomplit son ultime devoir. D'une voix calme qui fendit le tumulte, il murmura : « Vous avez mis le temps. Les pages blanches vous attendaient. » Puis, baissant la tête vers son parchemin, il écrivit les premiers mots du dernier chapitre de l'humanité.