
LES RUINES DE L’OFFRANDE J’ai donné. Sans calcul, sans frontières, sans garde-fou. Comme une source qui croit pouvoir désaltérer tous les déserts. J’ai ouvert mes veines en offrande, croyant que le sang versé ferait fleurir des jardins dans les terres arides des autres. couplet 1 J’ai cru que ma générosité brute serait un miroir assez brillant pour réveiller l’amour endormi chez ceux qui ne savent que prendre. J’ai cru que porter leurs fardeaux sur mon dos, sans jamais faiblir, finirait par leur apprendre à marcher à mes côtés. J’ai confondu loyauté et sacrifice, comme si brûler mon propre bois pour réchauffer leurs mains froides était le seul feu sacré. refrain J’ai donné. Sans calcul, sans frontières, sans garde-fou. Comme une source qui croit pouvoir désaltérer tous les déserts. J’ai ouvert mes veines en offrande, croyant que le sang versé ferait fleurir des jardins dans les terres arides des autres. couplet 2 Je ne savais pas. Je ne savais pas que donner sans recevoir n’est pas de la noblesse, mais une lente asphyxie. Que dire "je vais bien" quand on saigne intérieurement n’est pas du courage, mais un enterrement prématuré de soi. Qu’accepter de toujours passer en dernier n’est pas de l’humilité, mais un suicide par petits renoncements. refrain J’ai donné. Sans calcul, sans frontières, sans garde-fou. Comme une source qui croit pouvoir désaltérer tous les déserts. J’ai ouvert mes veines en offrande, croyant que le sang versé ferait fleurir des jardins dans les terres arides des autres. couplet 3 Un jour, je me suis regardée dans la glace : Il ne restait qu’une coquille vidée. Plus d'étincelles dans le regard. Plus de rêve dans les mains. Plus de musique dans le souffle. J’avais offert jusqu’à mon dernier morceau de lumière, et les ombres que j’avais nourries grandissaient, dévorantes, indifférentes. Leur soif était sans fond. Ma source, elle, était tarie. refrain J’ai donné. Sans calcul, sans frontières, sans garde-fou. Comme une source qui croit pouvoir désaltérer tous les déserts. J’ai ouvert mes veines en offrande, croyant que le sang versé ferait fleurir des jardins dans les terres arides des autres. couplet 4 Ce qu’il reste quand on donne tout sans compter : Un nom oublié de soi-même Un cœur en lambeaux qui bat encore, mais pour qui ? La froide révélation que ceux qu’on a portés ne cherchaient pas un compagnon de route, mais un bâton de marche jetable. refrain J’ai donné. Sans calcul, sans frontières, sans garde-fou. Comme une source qui croit pouvoir désaltérer tous les déserts. J’ai ouvert mes veines en offrande, croyant que le sang versé ferait fleurir des jardins dans les terres arides des autres. couplet 5 Pourtant, dans ces ruines, une vérité neuve a germé : Si tu t’oublies pour les autres, ce n’est pas de l’amour. C’est de la disparition. L’amour vrai ne demande pas l’effacement. Il ne se nourrit pas du vide de l’un pour combler le vide de l’autre. Il est un dialogue, pas un monologue sacrificiel. Un pont entre deux rives debout, pas un plancher pour que l’autre traverse pendant que tu te noies. refrain J’ai donné. Sans calcul, sans frontières, sans garde-fou. Comme une source qui croit pouvoir désaltérer tous les déserts. J’ai ouvert mes veines en offrande, croyant que le sang versé ferait fleurir des jardins dans les terres arides des autres. couplet 6 Aujourd’hui, j’apprends : À donner sans me quitter. À aimer sans capituler. À dire "non" pour préserver le "oui" que je suis. À reconnaître la différence entre servir et s’asservir. Je ne jette pas la générosité aux orties. Je lui forge une nouvelle loi : Que le premier verre d’eau soit pour ma propre soif. Que le premier feu protège mon foyer intérieur. Que la première loyauté aille à cet enfant en moi qui mérite de ne plus être sacrifiée sur l’autel du "il faut". refrain J’ai donné. Sans calcul, sans frontières, sans garde-fou. Comme une source qui croit pouvoir désaltérer tous les déserts. J’ai ouvert mes veines en offrande, croyant que le sang versé ferait fleurir des jardins dans les terres arides des autres. Car une offrande n’a de sens que si la main qui donne reste vivante, vibrante, présente. Sinon, ce n’est pas un don. C’est une épitaphe. Et moi, je ne suis pas un tombeau. Je suis un jardinier. Je cultive désormais cette terre sacrée : Mon existence. Avec des frontières fleuries. Avec des grâces qui ne tuent pas. Avec un amour qui commence par ne plus disparaître. refrain J’ai donné. Sans calcul, sans frontières, sans garde-fou. Comme une source qui croit pouvoir désaltérer tous les déserts. J’ai ouvert mes veines en offrande, croyant que le sang versé ferait fleurir des jardins dans les terres arides des autres.

