
Je voulais me pencher doucement, timidement, Vers les pétales tombés soudain sur la terre, comme la neige. Le printemps a dispersé tout ce à quoi il s’est refroidi, Et semblait secrètement préparer une fuite. Dans cette beauté, il n’y avait plus d’espoir lumineux, Ainsi s’atténue le turquoise dans une bague oubliée. Le regard ne sera plus enchanté par le printemps comme autrefois, Il ne séduit plus, ne caresse plus les yeux. Le printemps a rencontré si soudainement le mauvais temps, Et la tristesse a pleinement connu son désespoir. Elle se sépare de sa nouvelle robe vierge, Comme une jeune fille livrée à un amour déchu. Mais on ne peut tout enchaîner sous le pouvoir contemplatif, Le temps s’écoule discrètement par le chemin tracé. L’aspiration au bonheur éphémère est sans limites, À nouveau, une perce‑neige naît dans un amour sans réserve. La pluie frappe la chaussée en rythme, Tape en claquettes sur les flaques d’eau. En fin d’automne, la pluie, malade, Est froide, glacée, sans pitié. La ville est prise dans une prison de cristal, Et la nature gémit d’un soupir triste, Comme un son de cloches lointaines, S’invitant en conte vers l’Éden. La beauté brille partout autour, Mais le palais n’est plus en fleurs, Gelé sous le verre, lourd et sombre, Enchâssé par la pluie sans fin. Le monde est devenu une petite glace, Mais, soudain, se fiant à l’espoir, Il renaîtra comme avant, Le festin du soleil fondra la glace. (Devenue une glace, l’amour, Se fiant soudain à l’espoir, Revivra dans l’âme comme avant, Me réchauffera tendrement le sang.) Scintillant dans le velours du ciel, Les étoiles dorment dans le silence de la nuit. Mais l’auréole de la lune, Pressentant l’aube, Pâlit dans la hauteur grise. Le brouillard de l’avant‑aube Rampe timidement dans la vallée, Lavée par la rosée. À l’horizon, une bande écarlate. Le jour se réveille, Salué par une aurore oubliée. Presque sans bruit, la nuit avance, magique, La lune s’est cachée derrière un nuage, brisant Le repos des étoiles de minuit dans le ciel. Et la mer gémit, frappe violemment les rochers, Promet un lever de soleil d’azur très tôt. Écoute — un léger éclat d’une rame semble retentir. Et le sentier d’or de la lune, Éclatant de reflets luxueux, S’étend sur la vague bruyante en jouant, Comme s’amusant avec le vent turbulent. Le tableau de la mer la nuit est majestueux, Et l’harmonie des vagues est une folle octave. La nuit se consume d’impatience, Désireuse de rencontrer le soleil. Le brouillard matinal presse le sommeil, La rosée du matin, lentement, amoureusement, Les fleurs au bord de la mer ont bu jusqu’à la dernière goutte. La scène déchaînée s’apaise, Et la moitié d’une nouvelle journée commence. Février est passé, mars printanier est revenu, J’ai feuilleté le calendrier timidement. J’ai remarqué, bien que cela n’ait guère d’importance, Que le dessin du printemps est tracé au crayon. Je vois une ombre, esquissée par des traits, et la rafle sèche. Mon regard s’éloigne du bord du tableau, Atteignant quelque part au milieu, Arbres, buissons, sentiers — ce sont les arrières‑plans. Dans le paysage de mars, une couleur vive est déplacée, Tout paraît sans vie, morne. Mais sous cette couche encore glacée Se cachent de nombreux signes du réveil printanier.

