Savez-vous que j'ai pour amie, une andalouse à l'oeil lutin Et sur mon coeur tout alanguie, je la berce jusqu'au matin! Voyez-la quand son bras m'enlace, comme un col de cygne blanc S'enivrer, pleine de grâce, de quelque rêve nonchalant ! Gais chérubins, veillez sur elle, planez doux anges sur notre nid Dorez du reflet de vos ailes, ce beau visage que Dieu bénit! Car le plaisir nous convie, d'oublier tout par notre amour Par nos émois, oublier la vie, par nos élans, oublier le jour ! Pose ton souffle sur ma bouche, que ton âme y vienne passer Oh restons ainsi dans l'ivresse, jusqu'à l'heure de trépasser ! Prions pour que l'étoile vagabonde, dont les sages ont peur de loin Peut-être, en emportant le monde, nous laissera dans notre coin ! Oh viens dans mon âme froissée, qui saigne encore d'un mal bien grand Viens verser ta blanche pensée, comme un ruisseau, comme un torrent ! Car sais-tu, seulement pour vivre, combien il m'a fallu pleurer ? Par cet ennui qui des enivres, combien mon coeur fut dévoré ? Donne-moi, ma belle maîtresse, un beau baiser, parce que je veux Te raconter ma longue détresse, en caressant tes beaux cheveux ! Tu sais combien je te chéris, et je te pardonne pourtant De t'être hier endormie, sur mes lèvres en m'écoutant ! Quelle importance, ma belle amie, j'attendrai jusqu'au matin Car je sais que j'aime à la folie, une andalouse à l'oeil lutin !