Clac… clac… BANG ! Soi-disant frères, gova, nuit noire… Quatre-vingt-seize heures. Dix-huit mois. Bienvenue au shtar. Avec des soi-disant frères, en gova, pied dans la tôle, Héro dans l’alu, fumée épaisse qui nous brûle la gorge, Inspiration intense, les poumons prennent la brume, Le son crache à fond, toute la caisse tremble sous la lune. On roulait à fond, plu d’permis, plu d’loi, plu d’limite, « On s’en bat les couilles frère », chacun dans son délire, Au bout d’une putain d’route, gyrophares dans la pénombre, Barrage de keufs devant, d’un coup la fête devient sombre. Ils m’descendent d’la gova, contrôle positif, Ils demandent le permis, j’réponds : « Il s’est envolé. » Ils fouillent toute l’auto, mais y a plus rien dans les coins, On avait tout fumé frère, y avait plu rien à trouver. Clac-clac ! Menottes aux poignets ! BANG ! Cellule verrouillée ! Hier j’roulais plein phare, aujourd’hui j’compte les pavés, J’pensais qu’la nuit durerait, c’est l’enfer qui s’est levé. Clac-clac ! L’acier raisonne, Boum-boum ! Les portes résonnent, J’ai voulu faire l’grand, maintenant faut assumer, Dix-huit mois ferme, bienvenue dans l’quartier. Clac… clac… clac… Direction comico, G.A.V. quatre-vingt-seize heures, Interrogatoire sans fin, chaque minute pèse des tonnes, L’avocat à mes côtés sent bien qu’ça devient mauvais, Moi j’dis rien, rien à foutre, dans ma tête j’suis déjà prêt. Ils veulent des noms, des détails, des versions, des aveux, Moi j’garde la bouche fermée, j’regarde droit dans leurs yeux, Comparution immédiate, costume noir, regard sévère, Le juge donne sa sentence, silence glacial dans l’air. Dix-huit mois ferme, la phrase tombe comme une enclume, Quelques mots sur une feuille et toute une vie bascule, Menottes aux poignets, clac-clac, direction le shtar, J’quitte le tribunal pour les murs du mitard. Au shtar, on retrouve la famille en cellule, « Voyageur, le sang frère ! », même quand la pression circule, On délire, on s’raconte des histoires pour tuer les heures, On passe le temps, on bédave du bédo dans la fumée. On mate des séries à la con pour oublier l’calendrier, Les journées se répètent, même décor, mêmes murs gris, On met le son à fond pour faire vibrer les briques, Les mattons pètent les plombs, ambiance électrique. « Baissez l’son ! » Nous, on remonte encore, frère, faut qu’ça résonne, La musique contre les murs, les basses contre les hommes, On rigole pour pas sombrer, on déconne pour respirer, Quand t’as plu d’horizon, faut apprendre à patienter. Clac… Une porte. BANG ! Une autre. Les pas dans l’couloir… toc, toc, toc… Dehors la vie continue. Dedans, chaque seconde te regarde. Les reufs de dehors donnent aucune nouvelle, silence radio, J’attends un appel, un message, mais personne au bout du fil, gros, J’me dis qu’ils m’ont zappé, qu’le monde a continué, Pendant qu’moi j’étais enfermé à voir les jours défiler. C’est bâtard, ça fait mal, mais j’grave ça dans ma mémoire, Les absents auront des comptes quand j’reverrai la lumière, Dix-huit mois à réfléchir, dix-huit mois à faire le tri, À savoir qui reste un frère quand t’as plu rien dans la vie. Puis vient le jour où la porte s’ouvre devant moi, J’respire l’air du dehors, mais j’oublie pas ce qu’j’ai vécu là-bas, Les soi-disant frères ? Maintenant faudra s’expliquer, Quand j'ressors du shtar, va falloir qu’on discute, frère. Clac… clac… Quatre-vingt-seize heures. Dix-huit mois. Une porte qui s’ouvre. BANG ! Les murs restent dans la tête… Quand je ressors, faudra qu’on discute.


